Introduction :
Acheter un bateau n’est pas anodin. En plus du prix de vente, il faut prendre en compte la location de l’emplacement (COT ou location dans un port privé) et les travaux de maintenance.
Un vendeur ou agent immobilier va sublimer le bien, en masquant (volontairement ou non) les défauts du bateau. Les travaux sur un bateau sont plus complexes que dans l’habitation traditionnelle, et il est donc primordial de connaître l’état réel du bateau avant l’achat.
Vous trouverez ci-dessous les principaux éléments à vérifier :
1/ la coque :
Comme les fondations d’une maison, la coque est l’élément structurel principal du bateau. Une coque en mauvais état, c’est un risque de devoir démolir le second œuvre (isolation, doublage, cloisons,…) pour accéder aux zones endommagées et les renforcer si nécessaire.
Il est important de séparer la coque en deux éléments distincts :
a/ œuvres vives :

Les œuvres vives sont constituées des parties situées sous la ligne de flottaison. Cette partie de la coque doit être contrôlée tous les 5 ans (bateaux naviguant) ou 10 ans (établissement flottant non navigant). La péniche est sortie d’eau, et un expert fluvial est missionné pour le contrôle des épaisseurs de tôles. Par exemple, une péniche de gabarit Freycinet devra avoir des épaisseurs de tôle de 3,9mm minimum. Il faudra donc prévoir la corrosion future de la tôle et traiter les épaisseurs de tôles inférieures à 4,3mm environ. L’expert doit fournir un plan de sondage qui indique les épaisseurs de tôles à chaque endroit de la coque.

b/ les œuvres mortes :
Les œuvres mortes sont constituées des zones situées au-dessus de la ligne de flottaison. Aucun contrôle d’épaisseur de tôle n’est effectué pour ces parties métalliques. Il est fréquent de constater des trous dans la tôle, alors que les parties immergées ont été entièrement doublées et présentent des épaisseurs de tôle satisfaisantes. Comme une toiture qui présente des fuites, on ne peut pas laisser un pont avec des trous, au risque d’endommager l’ensemble des travaux d’aménagement.

Il faut donc faire contrôler le métal situé au dessus de la ligne de flottaison.


2/ les fonds :
L’eau et l’humidité sont particulièrement présentes dans les fonds. Les structures (varangues) risquent de rouiller et de stocker encore plus l’humidité. Des trappes de contrôle sont donc mises en place pour vérifier l’état des fonds, et s’assurer que les structures et planchers ne soient pas endommagés.
Du lest est souvent mis en place dans les fonds et doit également être vérifié, afin d’être sûr de ne pas stocker d’humidité. Le lest métal (rails de chemins de fer) est conseillé et le lest maçonné (dalle béton armé et parpaing plein) est à éviter car ils stockent l’humidité et font pourrir la coque par l’intérieur.
En cas de zone à fort trafic, il faut également veiller à ce que le lest soit bien accroché pour ne pas bouger et cogner contre les tôles de bordés.

3/ l’isolation et le doublage de la coque :
Par sa forme (rectangle allongé), une péniche a beaucoup de surface en contact avec l’extérieur par rapport à une maison. Il est impossible de profiter de la chaleur des voisins (latéraux, du dessous) comme pour un appartement. L’isolation est donc très importante afin d’éviter des factures trop salées pour un bateau fluvial.

Les contraintes majeures à prendre en compte sont les suivantes :
– la condensation : lorsque la température de l’intérieur d’un bateau est supérieure à la température extérieure (l’hiver lorsque l’on chauffe le bateau), il se provoque un phénomène de condensation, et des gouttes d’eau se forment à l’intérieur de la coque. C’est le même système que nous apercevons sur les pare-brises des voitures en hivers. Il est impératif d’éviter tout risque de condensation pour ne pas avoir d’eau dans le bateau.
– inflammable : il est très fréquent de devoir souder sur la coque du bateau (doublage de la coque, couronnement de rivets non étanches,…) alors qu’une soudure atteint une température de plus de 1000 degrés C. On ne compte plus les péniches qui ont pris feu dans les chantiers navals lors de travaux de consolidation de coque. Il faut donc contrôler les isolants pour s’assurer qu’ils ne soient pas inflammable (polystyrène,…).
– pourrissement : beaucoup d’isolant comme la laine de verre pourrissent avec la condensation. Leur poids augmente et ils se tassent sur eux-même. Des zones non isolées apparaissent alors et condensent fortement. La vapeur d’eau responsable du pourrissement peut venir de la coque (condensation) ou de l’intérieur du bateau (mauvaise ventilation des pièces humides).
– fissures : une coque de péniche en métal va se dilater sous l’effet de la chaleur. Par exemple une péniche de gabarit Freycinet va être jusqu’à 1,5cm plus longue l’été que l’hiver. Les isolants du bâtiment type placoplâtre vont alors se fissurer, ce qui peut être un problème esthétique.
4/ type de chauffage ou chauffage / climatisation
Comme dans l’habitation terrestre, il existe une multitude de type de chauffage, avec des avantages et des inconvénients. Une priorité est de s’assurer d’une bonne isolation vers l’extérieur pour réduire les coûts de chauffage. Il faut également prendre en compte les éléments suivants :
– chauffage au fioul domestique : comment faire le plein, à quel prix, comment stocker le carburant ?
– chauffage électrique : est ce que la puissance électrique délivrée à quai est suffisante ? Est-il possible de réaliser une alimentation triphasée ? Un délestage de l’installation est elle à envisager ? Les radiateurs ont-ils une inertie thermique ?
– pompe à chaleur : l’échangeur thermique risque de faire du bruit ? Un échangeur thermique utilisant l’eau du fleuve est-il envisageable ? Quel type de diffuseur doit-être mis en place ? Est-il nécessaire de mettre en place une pompe à chaleur pour profiter d’une climatisation ?
Il faudra également prendre en compte l’usage de la péniche. Il n’est pas toujours indispensable de chauffer l’intégralité du bateau si des chambres ou espaces ne sont pas utilisés.
5/ plomberie

Il est possible de comparer l’installation de plomberie d’une péniche avec une installation terrestre. La plomberie peut être réalisée en cuivre, PER, PVC,… Il faut prendre en compte deux éléments importants :
– la dilatation du bateau : le système de plomberie doit prendre en compte la dilatation de la coque afin d’éviter les fuites dans les arrivées et évacuations d’eau douce et d’eaux usées
– les systèmes de relevage des eaux usées : les systèmes de relevages individuels (pompes de relevage, sanibroyeurs,…) sont à éviter. Il vaut mieux privilégier des systèmes de relevage centralisés avec une grande cuve équipée d’un pompe puis d’une pompe de sécurité avec alarmes intégrées.
6/ électricité
Le système électrique d’une péniche doit être vérifié. Les câbles électriques utilisés sont spécifiques, et une installation 12 V ou 24V de sécurité (détecteurs de présence d’eau dans les fonds) doit être installée.

Analyse conseil avant achat d’un bateau :
Fort de plus de 10 années d’expérience dans le travaux de rénovation de péniches, Frédéric Wetzel, représentant de l’EURL FREDARCHITECTE se propose de réaliser une visite conseil avant achat afin de vérifier les principaux éléments visibles sur le bateau. Cette visite comprend notamment :
– analyse du plan de sondage obligatoire réalisé par expert fluvial, avis (épaisseur de tôles, présence de la cloison étanche avant, détecteurs et alarme de présence d’eau, pompes de sécurité,…)
– analyse visuelle de la coque intérieure (si visible) et extérieure. Mesure d’épaisseurs de tôles au dessus de la ligne de flottaison si meulage de la peinture possible
– mesure du taux d’humidité du lest si lest maçonné

– contrôle visuel des fonds si visibles, avis
– contrôle du type d’isolant visible, calcul du R (coefficient de résistance thermique) et comparaison avec systèmes d’isolants traditionnels
– conseils sur type de chauffage et d’isolant
– a conseil sur type de systèmes de relevages et avis
Prix de mission d’aide à l’achat : 1 350 euros HT + transport (si emplacement situé à plus de 35km de Paris)
L’Architecte Frédéric Wetzel a suivis la formation DYNAMO 1 et est qualifié pour réaliser les audits énergétiques de maisons individuelles. Vous trouverez le certificat de conformité édité par l’Odre des Architectes en cliquant sur le lien ci-dessous :
Il n’est pas possible de réaliser un véritable audit énergétique d’une péniche, étant donné que les contraintes sont supérieures sur une péniche par rapport aux habitations terrestres, et que les aides d’état ne sont pas applicables sur les biens mobiliers tels que les bateaux. Le travail réalisé correspond cependant à un travail d’analyse similaire.
Il n’existe aucun bateau en parfait état, comme il n’existe aucune vieille maison sans défauts. L’objectif de cette visite n’est pas de vous dégoûter d’acheter une péniche, mais de vous donner le maximum d’informations pour que vous puissiez analyser d’une façon responsable et sereine les défaut et qualités de votre future acquisition.
Ce travail n’est en aucun cas une expertise de la coque, qui doit être réalisée par un expert fluvial agréé, mais une aide à la compréhension de l’état général du bateau. Les expertises obligatoires vérifient en effet l’état de la coque sous la ligne de flottaison et le risque pour le domaine fluvial, mais ne renseignent pas sur l’état général du bateau.
Cette aide ne comprend pas l’analyse de l’aspect juridique de l’emplacement. Il faudra veiller à s’assurer du droit de stationnement du bateau. Des avocats spécialisés peuvent vous aider dans les démarches d’achat d’un bateau et rédiger les textes. Bien qu’une péniche soit un bien mobilier et non immobilier, les Notaires peuvent également rédiger les textes de session sans que les taxes de l’immobilier ne soient applicables.
Matériel utilisé :
– testeur d’humidité (taux d’humidité en pourcentage)
– appareil de mesure d’épaisseur de tôle et meuleuse (pour mettre tôle à nu)
– extincteur poudre ABC 2kg
– briquet (tester inflammabilité des isolants après prise d’un échantillon, test à quai)
– boussole
– lampe torche puissante
– niveau avec mesure de l’angle de gîte
– caméra thermique (utilisable uniquement lorsque le bateau est chauffé)
– testeur de prise électrique et multimètre électrique
– télémètre laser Leica, mètre ruban, mètre
L’utilisation de la meuleuse, de la scie cloche et la dépose de doublages sont soumis à autorisation écrite du propriétaire du bateau.
Vous trouverez en cliquant sur le lien ci-dessous un exemple d’éléments contrôlés (si possible) lors d’un audit avant achat :
